Interview du Président de l'UMVR sur le démarrage de campagne 2019

UNE SITUATION PREOCCUPANTE


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Président du négoce rhodanien, Étienne Maffre voit beaucoup d’incertitudes dans le déroulement de la campagne 2019/2020.

Quelle est votre analyse de la situation actuelle de l’AOC Côtes du Rhône ?

Après une année 2018 en retrait, la baisse se poursuit sur le 1er semestre 2019. En France (GMS – Panel IRI P6), les ventes de Côtes du Rhône (Régional, Villages et Crus) reculent de 5 % en chiffre d’affaires et de 9 % en volume (-61 000 hl). Elles s’inscrivent dans la tendance générale des vins tranquilles (-5 %), conséquence notamment d’une baisse de la consommation, particulièrement de vin rouge (-8,5 %).

À l’export, la tendance est la même : les volumes commercialisés (source Douanes DEB- cumul janv.-juin) baissent de 7 % (-21 000 hl) pour une valeur quasi stable (+1 %). Parmi les principales destinations : Royaume Uni (-9 %), USA/Canada (-4 %), Chine (-5 %), Allemagne (-6 %) et Suède (-7 %). Seuls progressent le Japon (+4 %), Hong Kong (+4 %), la Corée du Sud (+ 67 %). La Belgique reste stable.

Certes, la baisse de volume s’accompagne d’une meilleure valorisation unitaire mais au global, la filière crée moins de valeur et les ventes semblent s’ancrer dans une dangereuse baisse structurelle.

Malgré ce, et suite à une succession de petites récoltes (2013 et 2017 notamment), les stocks sont plutôt sains (8 mois de commercialisation en début de campagne pour le groupe CDR + CDRV) avec des sorties de chai plus ou moins équilibrées avec les niveaux de production. On prévoit cependant que les sorties de chai sur 2018/2019 vont atteindre un niveau historiquement bas, à plus ou moins 1 580 000 hl pour le groupe CDR + CDRV, en baisse de 8 % (-130 000 hl) par rapport à la campagne précédente. Reflet de ces difficultés, les cours des Côtes du Rhône rouges et rosés conventionnels ont logiquement baissé de -5 % (-8 €/hl). Le cours des bios a bondi de 20 % (+37 €/hl), boosté par une offre limitée (impact mildiou sur la récolte 2018) dans un contexte porteur pour ce type de production.

Comment voyez-vous le déroulement de la campagne 2019/2020 ?

Il n’y a pas de pression sur les stocks. Mais les ventes ne sont pas dynamiques. La campagne devrait donc démarrer doucement, surtout si la belle qualité d’ensemble se confirme (pas de "chasse aux jolis lots" en début de campagne). L’équilibre global offre/demande devrait inciter à une stabilité des cours tels que constatés ces derniers mois, avec sans doute une légère baisse pour les rouges dont la demande est moins bien orientée. Pour autant, plus que jamais, l’incertitude sera de mise et le déroulement de la prochaine campagne dépendra des réponses que l’avenir apportera aux questions suivantes : Quel sera le volume de la récolte 2019 (qui s’annonce déjà en retrait par rapport à 2018) ? Quelle sera l’issue des tensions géopolitiques actuelles (Brexit, projet de taxation des vins aux USA, guerre commerciale Chine-USA, niveau de croissance en Europe, situation sociale en France...) et leur impact sur l’orientation de nos ventes ? Dans quelle mesure la crise qui couve dans plusieurs régions viticoles françaises peut-elle se déclarer en Vallée du Rhône ?

Quelle est votre approche du marché des Côtes du Rhône à plus long terme ?

Globalement, les Crus se vendent bien. La qualité ne cesse de se bonifier et si nous savons être raisonnables sur les cours et les prix, cela devrait continuer. Nous manquons cruellement de volumes sur certaines AOC (comme Crozes Hermitage) et l’ampleur du développement dépendra en partie de notre capacité collective à augmenter les superficies plantées, quand cela est possible.

Je suis plus inquiet pour les Côtes du Rhône et les CDR Villages… Surtout pour les rouges, majoritaires dans notre vignoble mais dont les consommateurs se détournent. Il y a une vraie opportunité de rebond sur les blancs et les rosés si nous arrivons à clarifier et promouvoir une offre spécifique et adaptée "Rhône". Si le tournant des blancs et des rosés est mal négocié, je n’exclus pas une crise majeure prochaine.

Le modèle des Côtes du Rhône est fondé sur une offre pyramidale où la base (Côtes du Rhône et les "Villages", 80 % de l’offre) et le sommet (Crus, 20 % de l’offre) sont intimement liés. Si la base s’effrite ou se déconnecte du sommet, c’est l’édifice tout entier qui chancelle. Et le modèle économique n’est plus le même. Les Côtes du Rhône ont besoin de l’image et de la notoriété des Crus et les Crus ont besoin des volumes des Côtes du Rhône pour assurer le développement régional. L’enjeu collectif à plus long terme sera donc de réinventer notre base. Cela passera notamment par une révision de la hiérarchie des couleurs, par la maîtrise des degrés d’alcool et par l’optimisation de notre empreinte sociétale.

Source : Le Vigneron - octobre 2019