Interview du Président de l'UMVR sur le démarrage de campagne 2018

UNE SITUATION EQUILIBREE MAIS PEU DYNAMIQUE


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Quelles est votre analyse de la situation actuelle de l’AOC CDR : équilibrée mais peu dynamique.

Après une embellie de nos ventes en 2017 (nous la qualifions de légère mais fragile dans ces mêmes lignes l’an dernier…) notamment à l’Export, le début de l’année 2018 est plus difficile sur les marchés. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : une moindre disponibilité en début de campagne consécutive à l’historiquement faible récolte 2017, la forte hausse des cours qui s’en est suivi et un contexte national (baisse continue de la consommation) et international (tensions géopolitiques) moins favorable.

Si la valeur des expéditions se maintient, les volumes Export repartent à la baisse, plombés notamment par les mauvaises performances du RU et des Pays-Bas, destinations volumiques particulièrement sensibles au prix. Ce faisant la performance des CDR est inférieure à celle de l’ensemble des vins français qui ne perdent que 1% en volume et gagnent 8% en valeur.

En GMS France l’érosion des ventes se poursuit, les blancs s’en sortent mieux que les rouges et les rosés.

Comment voyez-vous le déroulement de la campagne 2018/2019 :

La récolte 2018 s’annonce correcte en quantité (conforme à la moyenne quinquennale) et de belle qualité.

L’analyse des paramètres macro-économiques montre que nous sommes dans une situation équilibrée qui laisse présager une campagne sereine, à moins que les mauvaises performances commerciales de ce début d’année ne perdurent et viennent assombrir la situation…

Quelle est votre approche du marché des Côtes du Rhône à plus long terme ?

Un des enjeux importants des prochaines années sera de redonner du dynamisme à un vignoble qui se gère mais ne se développe pas assez. Pas simple dans un contexte international plus incertain où les perspectives de guerres commerciales et autres Brexit peuvent déstabiliser en partie le commerce. La montée en gamme se poursuit. Même si nous manquons encore d’indicateurs pour en mesurer précisément les mécanismes (un projet débute néanmoins en ce sens au sein d’IR), elle est indéniable et irréversible. Les ventes progressent plus en valeur qu’en volumes. La demande sur les Villages et les crus s’intensifie. La demande sur les bios également faisant écho aux attentes sociétales qui se précisent en matière de développement durable et de responsabilité sociétale des entreprises. Même si l’année 2018 a été exceptionnellement difficile avec la forte présence du mildiou, nous sommes dans une situation privilégiée en Vallée du Rhône pour développer le bio : fonçons ! Autre tendance qui se confirme sur les marchés : la progression des blancs et des rosés. Si nous participons bien à cette dynamique pour les blancs, il reste sans doute des progrès à faire sur les rosés qui, sans mauvais jeu de mot, patinent. Un « plan Côte du Rhône rosé » reste à construire mobilisant les 3 piliers de notre interprofession (technique, économique et promotion). Et puis il y a les effervescents. Voilà un segment en plein développement national et international qui échappe quasi complètement aux vignobles des Côtes du Rhône. N’y at-il pas là matière à lancer un projet de R&D et à construire un relai de croissance dans un vignoble dans lequel 80% de la production concerne des vins rouges, couleur aujourd’hui la moins dynamique sur les marchés ?

Sylvie Reboul - Le Vigneron